3 - Premiers pas

Nos villages sont nés et les voilà dûment baptisés. Essayons maintenant de les situer géographiquement, aussi précisément que possible.

Une question préalable : A quelle peuplade appartenons-nous, à l'origine, sur ces terres aux limites incertaines ? ... Pouvons-nous nous réclamer de ces Morins qui étaient pour Virgile “ Les derniers des Hommes ” (extremi hominum) ? ...Appartenons-nous aux Ménapiens qu'on situe plus au Nord ? Et de quelle Province nos Suzerains sont-ils les Princes ? Pour apporter une réponse, il convient de nous replonger dans l'Histoire de ces coins de terre si convoités au fil des siècles.

En 1035, AIRE fait partie du Comté de FLANDRE qui fait lui-même partie du Royaume de France. Les Seigneurs de MAMETZ et de CRECQUES sont apparentés à la Famille de la VIESVILLE à qui appartient le Vicomté d'Aire. En 1237, ROBERT, frère cadet de LOUIS IX (Saint Louis), prend possession de son fief d'ARTOIS qui a été séparé de la FLANDRE sous Philippe Auguste, et Aire fait partie du Comté d'Artois. Aire devient ainsi ville frontière et son arrière-pays va se trouver en première ligne dans les conflits qui vont opposer les Comtes de Flandre à leur Suzerain, le Roi de France.

Un Suzerain qui avait (déjà...) des besoins d'argent importants puisque les Archives du Pas-de-Calais ont conservé les listes de contribuables dressées entre 1295 et 1302, lors du premier essai d'impôt dans le Royaume ; impôt sur la fortune des plus “ riches ”, et les listes pour MAUMES, MARTEKE et CRESEKE comportent déjà des noms bien de chez nous : DENIS et ROBILLARS par exemples. ( 2 )

D'août 1302 à août 1303, les milices flamandes envahissent le Comté d'Artois. Saint Omer et Aire résistent, Thérouanne est incendiée le 12 juillet 1303 ainsi que Lillers et Saint Venant le 14 juillet. Une grande bataille se déroule à Arques et toute la région est dévastée par les troupes qui sèment sur leur passage la violence, les pillages et les exactions de toutes sortes. Pendant tout le XIVème siècle, le secteur sera la proie des Flamands auxquels les Anglais viennent prêter main-forte.

En 1384, à la mort de Marguerite d'Artois, sa fille unique Marguerite épouse Philippe le Hardi, Duc de Bourgognes et l'Artois devient terre bourguignonne . Leur fils, Philippe le Bon marie un de ses fils naturels à Jeanne de la VIESVILLE, héritière du Comté d'AIRE dans lequel sont inclus nos trois villages. C'est pourquoi on peut lire : “ dans l'église de Mammez les Aire, à la maîtresse verrière, on voit les armes de Philippe de la Viesville, Chevalier, Seigneur de Mammez etc... ”. Par le jeu des mariages et des héritages, ces terres deviendront les fiefs de la famille de CROUY (ou de CROY). En effet, dés 1530, à Crecques “ en l'église de Dieu et de Monsieur Saint-Honoré de Crecque ou Querecque, bailliage d'Aire à la première verrière du cur, du côté de lu main semestre, y sont portraictes les armes de Crouy escartelées Renty, cergiez de l'escu de Lorraine etc... ”. Il semble donc sûr que si Thérouanne est restée française jusqu'en 1553, date de sa destruction par Charles Quint, notre territoire mametzien a suivi heurs et malheurs de la ville d'Aire, fief bourguignon jusqu'au 14 avril 1713, date à laquelle le traité d'UTRECHT attribue définitivement l'Artois à la France.

Pour nous, pauvres gens, qui avons, pendant des siècles, servi de tampons entre Français, Bourguignons, Flamands, Hollandais, Espagnols, Anglais etc... (ce qui, au passage explique l'incomparable richesse et la diversité des racines de notre patois), la vie quotidienne a du être une alternance de périodes de calme relatif pendant lesquelles on a procédé aux défrichements, à la mise en valeur de la terre, à la construction des chaumières blotties autour des chateaux-forts, et de périodes de destructions, de prédations et d'insécurité générale. Charles-Quint, de son fief d'Aire préparait la prise de Thérouanne et Mametz était le passage obligé des troupes et de leur suite. Ainsi : au siège de Thérouanne, en 1553 , succéda un pillage systématique organisé par les habitants d'Aire et ceux des villes voisines, venus en pionniers volontaires. L'Histoire précise que les habitants des villages, heureux de la chute d'une place qui était un repaire de prédateurs se joignirent volontiers aux pilleurs. Mais à quel prix ? ... Allez donc admirer, dans l'église de Mametz, les superbes culs-de-lampe qui soutiennent des piliers du chur du 15ème. Les petits personnages sculptés à cette époque par le tailleur de pierre reflètent, dans leur attitude et sur leur visage, un sentiment qui ne peut être qu'une peur effroyable. Prenez le temps d'examiner leurs masques grimaçants, somme toute incongrus dans ce lieu de paix et de prière. On ne peut que se poser des questions. La peur des maladies endémiques (On priait à l'époque Notre-Dame de Bruchine pour être préservé de la peste) suffit-elle à terroriser la population ?...N'est ce pas là, plutôt l'image d'un quotidien baignant dans l'insécurité, la violence et la pauvreté générale ? ...